L’heure de la passation de pouvoir ?

Qui aurait donc pu imaginer un tel scénario au lendemain des fêtes de fin d’année, à l’heure du « Boxing Day » en terre anglaise. Voir en ce dimanche 12 avril 2015, jour de derby à Manchester, une rencontre avec tant d’enjeux. D’un coté, un Manchester United en pleine bourre enchainant les victoires, 5 à la suite, surclassant au passage la deuxième manche de « Questions pour un champion », avant de retrouver son rival géographique, Manchester City, en grande difficulté, n’ayant remporté que 5 de ses 13 derniers matchs et voyant son voisin lui passer devant au classement. Deux saisons diamétralement opposées l’une de l’autre, analyse des forces en présence et de la fin de saison de ces deux équipes.

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Après le fiasco de la saison dernière auréolé d’une septième place sous les ordres de David Moyes, les dirigeants de Manchester United ont pris la décision d’introniser au poste d’entraîneur, l’actuel sélectionneur Batave, Louis Van Gaal, fin tacticien, autrefois passé par l’Ajax, le FC Barcelone ou encore le Bayern Munich. Suite à sa très bonne coupe du monde couronnée d’une troisième place, et d’une superbe pré-saison avec Manchester United, le tout suppléé d’un mercato alléchant enregistrant des arrivées offensives prestigieuses, les supporters sont confiants au vu des chances du club de remporter le titre, en raison d’un calendrier allégé, suite à la non-participation du club aux joutes européennes.

Le revers de la médaille.

Louis Van Gaal est réputé pour être un homme droit dans ses bottes et aux entraînements rugueux, comme en témoignent les triples entraînements par jour qu’il faisait « subir » aux joueurs en pré-saison afin de les habituer au plus vite à sa méthode. S’en suivait bon nombre de sessions techniques, tactiques, de vidéos, une méthode pouvant vite devenir barbante et répétitive comme ce fut le cas à Marseille par exemple au cours de la saison. Si cette méthode fonctionnait de manière optimale en pré-saison, le début de saison du club a été chaotique, une seule victoire face à QPR (actuelle 18ème), sur les 5 premières rencontres et un naufrage collectif contre Leicester ou l’équipe menait 3-1 contre l’actuelle lanterne rouge, avant de se faire rattraper au score, pour finalement s’incliner 5-3. 100349826_3134863 C’est sur cette dynamique de cycle que l’équipe élabore sa saison, sans pour autant trouver de dynamique positive sur le long terme, Louis Van Gaal est très souvent remis en question par les médias anglais en raison de l’absence de réel style de jeu, de l’absence de onze types et de la nonchalance de certains de ses cadres. Les blessures, récurrentes sous Van Gaal dû à un entraînement (trop) intensif, obligent l’entraineur à bricoler en alignant des joueurs comme Tyler Blackett ou encore Paddy McNair, qui n’étaient que de sombres inconnus avant cette saison. C’est donc avec une défense particulièrement inexpérimentée, que Manchester United entame cette saison. Que de surprises.

Un renouveau depuis janvier 2015.

Depuis Janvier 2015, cette équipe de Manchester United suscite de nouveau une certaine crainte, en reprenant petit à petit des couleurs et en se recréant une certaine crédibilité en Angleterre. Chose qu’elle avait totalement perdue suite à la saison dernière. Si le déplacement à Old Trafford n’était plus considéré avec une appréhension particulière l’an passé par de nombreux clubs, la citadelle (presque) imprenable renaît de ses cendres, pour le plus grand plaisir de ses supporters. L’équipe semble enfin avoir acquis une identité de jeu, un onze type, cependant, chose étonnante, les deux « recrues phares » de cet été n’en font pas partie, un comble. Angel Di Maria et Radamel Falcao n’ont vraisemblablement pas répondu aux attentes portées en eux. La saison terne et sans relief de Di Maria pourrait s’expliquer par un état de fatigue assez important suite à ses derniers mois épuisants au Réal Madrid en remportant la décima et en se montrant décisif au cours de cette compétition. Ajoutée à ceci, sa coupe du monde disputée avec l’Argentine, et sa blessure contre la Belgique en quart de finale le rendant indisponible pour le reste de la compétition. Une frustration d’autant plus grande, que Di Maria voit depuis le banc, l’Argentine se faire battre, un soir de juillet au Maracaña, par l’Allemagne en finale. 460613_heroa Le cas de Falcao semble nettement plus délicat. Après avoir choisi l’AS Monaco, suite à son excellente saison à l’Atlético Madrid, le joueur se blesse en janvier 2014, annihilant sérieusement ses chances de voir Rio. Le passage de Falcao sur le rocher est un bide total, et il décide de s’envoler dans les toutes dernières minutes du mercato estival à Manchester pour y parapher son contrat. Tel un fantôme sur le terrain, il vendange moult occasions lors de ses premières apparitions, si sa volonté et son attitude battante sur le terrain ne sont pas à reprocher, ses statistiques et son apport faméliques au jeu Mancunien sont légitimement sources de nombreuses interrogations. Un maigre total de 4 buts marqués pour 20 apparitions, un bilan bien trop faible pour un club du standing de Manchester United. C’est grâce à la méforme de ses joueurs, ainsi qu’au retour au niveau de certains de ses joueurs que Van Gaal trouve enfin un onze type.

Le retour en grâce de Carrick, Fellaini et Juan Mata.

 Exit les ralentisseurs, de jeu, auquel on pourrait très bien associer Robin Van Persie et place à une nouvelle formation plus stable, plus sereine défensivement. Le retour de blessure de Michael Carrick n’est pas anodin aux bons résultats du club et à une stabilité défensive retrouvée. Le constat est similaire pour Fellaini, qui malgré la présence de son ancien coach d’Everton la saison dernière peinait a retrouver son niveau, chose surement due à son positionnement sur le terrain. Cette saison est une renaissance, une résurrection, son apport dans le domaine aérien permet sur des longs ballons de conserver la possession de balle, face aux rugueux et robustes défenseurs de Premier League. Enfin, le retour de Juan Mata dans une forme étincelante, permet à l’équipe de se reposer sur un meneur de jeu comme Van Gaal les apprécie. En jouant légèrement excentré sur la droite de l’attaque, Mata peut facilement repiquer dans l’axe en distillant des ballons pour Rooney, qui s’est vu repositionner sur la pointe de l’attaque en raison de la méforme totale de Falcao et de Robin Van Persie. C’est le retour d’éléments clés combiné aux déceptions cinglantes de certaines des nouvelles recrues qui permet à Manchester United d’aborder ce match contre Manchester City de manière relativement sereine, afin de se remettre des nombreuses précédentes défaites, le seul bémol restant le secteur défensif, encore trop inexpérimenté et trop frêle pour de telles rencontres, et qui risque fortement de se faire bouger contre les Citizens, même si son visage lors des dernières rencontres s’est montré encourageant, mais pas encore pleinement convaincant.

 Champion en titres et favoris.

De leur côté les Citizens entament cette nouvelle saison comme favoris après avoir raflé lors de la saison dernière aux yeux et à la barbe des « Scousers » la première place, et de ce fait le titre de champion. Manuel Pellegrini est donc confirmé à la tête de l’équipe pour la nouvelle saison. Auteur d’un recrutement moins onéreux que son voisin mais toutefois plus logique dans son intention, Manchester City renforce toutes ses lignes du jeu. Mangala et Fernando débarquent de Porto pour la bagatelle de 55 millions d’euros (hors primes), Caballero arrive de Malaga et cet hiver le club enregistre l’arrivée de Wilfried Bony pour suppléer une attaque trop inconstante et dépendante d’Aguero au physique de cristal et aux blessures trop fréquentes. 609dd9c49fa6d9016a0f6a706700ff89

Un début de saison poussif.

Le début de saison de Manchester City est ponctué de nombreuses contre-performances, 2 victoires d’entrée en championnat, suivi d’une défaite à domicile face à Stoke, et de deux matchs nuls. Sur le plan européen comme à l’accoutumé, le club rencontre d’importantes difficultés à se hisser au niveau des meilleurs clubs du vieux continent. La défaite face au Bayern dans les derniers instants du match, le nul face a la Roma et enfin le fiasco en Russie ou les Citizens se font rattraper au score en ne ramenant qu’un point pris dans les terres de Vladimir Poutine, confirment cette fâcheuse tendance. Si le club parvient tout de même à se qualifier à l’issue des matchs de poule, la manière semblait chanceuse, presque opportuniste avec ce but de Nasri lors d’une soirée à Rome qui fut mémorable pour les supporters Citizens. Samir nasri Les trop nombreuses carences et lacunes défensives de l’équipe font intrusion dans cette période avant de s’installer progressivement pour le reste de la saison, elles remettent sévèrement en cause les grandes ambitions du club et de ses investisseurs. La forme physique de Yaya Touré, meilleur joueur de la saison passée et celle d’Aguero ne fait que compliquer cette volonté d’assouvir une réelle domination sur le championnat anglais.

Une instabilité trop importante pour s’installer durablement sur le toit de l’Angleterre.

Il semble impossible de trouver une quelconque continuité dans ce club depuis son rachat. Les entraîneurs qui se sont installées à la tête de l’équipe n’y restent qu’épisodiquement, aucun travail de fond sur le long terme ne peut donc émaner. Le recrutement qu’ont pu faire Mark Hughes, Roberto Mancini ou encore Manuel Pellegrini ne sont aucunement liés. Plutôt que d’élaborer un collectif complémentaire, les différents entraineurs souhaitent davantage apporter des « recrues paillettes » comme c’est le cas généralement en Premier League et plus particulièrement chez le voisin Mancunien depuis quelques mercato. Les joueurs sont globalement en deçà des attentes comme c’est le cas avec Kompany, méconnaissable depuis le début de saison, ou encore Yaya Touré qui depuis la perte de son petit frère semble avoir la tête ailleurs. Ces deux joueurs autrefois considérés comme étant des « top-players » et ce, à juste titre, ne sont plus l’ombre que d’eux-mêmes. La suprématie qu’a pu connaître la Premier League avec Liverpool entre 1970 et 1990, ou encore Manchester United à partir des années 90 jusqu’en 2013 ne se fait pas sentir à l’heure actuelle avec Manchester City, et ce, malgré ses deux titres en 3 ans. Nous n’avons certes pas le recul nécessaire pour émettre des conclusions trop hâtives, mais le sentiment prédominant est que ces titres de champions sont souvent remportés à la dernière minute, en somme, à peu de chose près sur des coups de chance, comme ce fut le cas face à QPR avec le but salvateur d’Aguero au bout du bout du temps additionnel ou encore avec la glissade de Gerrard combiné au doublé de Dwight Gayle, joueur de Crystal Palace contre Liverpool lors de cette remontée historique. Une statistique édifiante montrait que Manchester City n’avait été que 22 jours en tête du championnat lors de ses deux dernières saisons où les Citizens avaient finis champions, une statistique qui reflète bien le manque d’hégémonie de Manchester City en premier League.

Le syndrome du château de sable.

L’une des allégories les plus représentatives pour décrire Manchester City serait celle du « château de sable ». L’édifice est solide quand vents et marées ne l’affectent pas et ne détériorent pas cette équipe frêle. L’humidité qui permet une cohésion entre les grains de sable ne doit pas se voir infiltrer par un brin de vent, sous peine de se voir dissous. La problématique est semblable dans la vraie vie, dès qu’une contre-performance surgit, les difficultés lors du match suivant sont nombreuses. Et inversement quand l’humidité prend bien, et imprègne le château, rien ne semble pouvoir arrêter la dynamique positive du club comme ce fut le cas lors des mois de novembre et de décembre dernier, où le club a signé une série impressionnante de 8 victoires consécutives. Si les complications étaient encore acceptables en début de saison, la démonstration de Barcelone à L’Etihad a permis d’ôter définitivement le voile autour de cette équipe. Ce 4-4-2 inoffensif utilisé par Manuel Pellegrini avec un David Silva excentré sur le coté gauche, et un Milner alternant entre le rôle d’ailier, de buteur, ou de milieu récupérateur aux côtés du grand Yaya n’ont pas su contenir les vagues catalanes et une leçon de football s’est jouée ce soir là, une manière de constater le profond gouffre séparant les clubs espagnols aux clubs anglais en terme de compétitivité. C’est cette instabilité chronique qui a tendance à écorner l’image du club, et en cas de départ de Pellegrini en fin de saison, chose qui devrait se profiler si les résultats ne suivent, cette tendance ne sera qu’accentuée.

Une image à redorer.

Ce qu’il manque clairement à cette équipe de Manchester City est un entraîneur de renom, un Mourinho ou encore un Sir Alex Ferguson, un coach capable de s’imposer sur le long terme en créant une réelle hégémonie, une domination sans partage sur le championnat. La stratégie entamée depuis le rachat du club laisse songeur au moment d’établir des comparaisons avec Chelsea ou encore le Paris Saint-Germain, le cap des quarts de finale n’est toujours pas atteint et ce n’est pas faute d’avoir essayé lors de nombreuses tentatives. Dans un laps de temps nettement moindre, Paris s’est de son côté imposé dans son championnat (nettement plus facile certes), et fait un nom sur la scène Européenne. Chelsea quant à lui a remporté la Ligue des champions et la Ligue Europa en pratiquant un jeu peu reluisant certes, mais qui lui a néanmoins permis de toucher et de remporter ce Graal européen.

Les enjeux de cette rencontre sont cruciaux et multiples pour ces deux clubs. La victoire dans ce derby semble impérative pour les deux équipes d’un point de vue sportif puisqu’en cas de défaite le club vaincu se verrait distancé du podium suite à la nouvelle victoire d’Arsenal et également d’un point de vue moral, car une défaite dans un derby de cet ampleur est désastreux pour les fans. Les supporters de Manchester United attendent de manière religieuse un sursaut d’orgueil de leur équipe suite aux 4 dernières défaites consécutives contre le rival voisin sur des scores avoisinant le set de tennis.

Si le calendrier de Manchester City semble pouvoir se remettre d’une défaite lors de ce derby, celui de Manchester United ne pardonnera aucune erreur avec un déplacement sur la pelouse des Toffees, de Chelsea et pour finir la saison en beauté, le club se verra accueillir à Old Trafford, l’actuel 2ème du classement : Arsenal. La fin de saison s’annonce donc encore plus trépidante et alléchante que jamais, le verdict final sera donné le dimanche 24 mai aux alentours de 18h, Canal en frétille d’avance, et on peut tout à fait les comprendre.

Adrien Le Noël / @AdrienLeNoel

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